Voici quelques articles de presse au sujet de cette mission.
C'est un peu long mais, faut ce qu'il faut.
SUR LA MISSION DU ZINNIA DANS LE PORT SOMALIEN DE KISMAYOPublié le Jeudi 10 février 1994 (No 34) dans Le Soir, page 2, édition Bruxelles.
1009 mots dans cet article
Classification: armée,
Auteurs: SURMONT,EDDY
André Vinck
Sur la mission du
«Zinnia» dans le port somalien de Kismayo.
Au total vous avez passé sept mois à Kismayo comme commandant du «Zinnia» - lequel est attendu demain à Zeebrugge, sous le commandement de votre collègue, le capitaine de corvette Jean-Pierre Jablonski. Quelle était votre mission en Somalie?
- Du 9 janvier 1993 à fin janvier de cette année, le navire de commandement et de soutien logistique «Zinnia» a servi comme base logistique aux besoins des paras belges en Somalie. Ceci dans le sens le plus large du terme. Nous y étions à la fois dépôt de munitions, garde-manger, hôpital, boulangerie, atelier de réparations, fabricant et fournisseur d'eau douce, centre de communications, et j'en passe...
Votre arrivée sur place a-t-elle été préparée logistiquement?
- Disons que nous nous sommes débrouillés «à la belge». J'avais bien une carte du port de Kismayo mais je ne possédais aucune information récente sur la situation. Comme nous n'avions pas encore de contact avec les paras sur place, j'ai finalement obtenu des informations utiles sur l'emplacement des bouées et la position d'épaves par le truchement d'une journaliste de la télévision... Ceci par téléphone depuis Mombassa, au Kenya.
Vous ne disposiez pas d'instruments électroniques afin de tâter «le terrain»?
- La même question m'a été posée par l'officier logistique des paras en arrivant. Je lui ai répondu «oui» et le quartier-maître a alors sorti le plomb de sonde tel que l'utilisait déjà... Christophe Colomb. Un bout de plomb attaché à une longue corde pour mesurer la profondeur du chenal. Il fallait voir la tête du para!
Comment vous vous êtes alors organisé?
- Le «Zinnia» restait à quai à Kismayo pendant deux semaines et demie. Ensuite, nous faisions un aller-retour de quatre jours à Mombassa pour faire nos achats de vivres. Tous les jours, nos désalinisateurs produisaient quelque 27.000 litres d'eau douce pour les besoins de la cuisine et de l'hygiène personnelle des paras ainsi que de nos 75 marins. Nos cuistots fournissaient les repas chauds et le pain. Un des hommes les plus sollicités a certainement été notre dentiste. Comme les Américains n'en disposaient pas, et qu'ils appréciaient hautement les compétence du nôtre, ils se bousculaient pratiquement à longueur de journée devant son cabinet.Il n'y avait pas que cela que les Américains appréciaient à bord du «Zinnia»...
- Il est vrai que les Américains devaient se contenter de leurs rations de campagne tandis que nous fournissions tous les jours de la viande et des légumes frais ainsi que du pain et parfois des couques au beurre et des croissants. L'eau leur en venait à la bouche et, de temps en temps, ils ont reçu de nos couques au beurre bien belges.
La nourriture était manifestement importante...
- Quand des troupes se trouvent sous les tropiques et travaillent dans un stress certain, chaque repas devient une sorte de petite fête. C'est pourquoi également notre ménage a essayé de varier au maximum les menus. Parfois il y avait de la langouste fraîche! Achetée à 130 FB le kilo aux pêcheurs somaliens, cela n'a pas bouleversé notre budget.
Cela ressemble presque à des vacances!
- Ne le croyez surtout pas. Il est vrai que nous, les marins, nous n'avons pas beaucoup vu de la guerre civile et de la situation en Somalie. Nous restions à bord et ne sortions jamais des installations portuaires. Ce que nous entendions des paras sur la situation et la tension à terre n'était que le reflet d'une réalité parfois très dure.
Il y a eu des blessés et des morts...
- Oui. Cela vous choque et vous remet le nez sur la réalité d'une guerre qui se déroule sous vos yeux. Mais on s'y fait. Nous avons soigné de nombreux Somaliens, victimes de blessures par balles. Ceci sans discrimination, sans tenir compte du camp auquel ils appartenaient.
Au retour de nos paras certaines sources ont fait état de contamination par le sida. Qu'avez-vous à dire?- C'est ce que j'ai également lu. Il est un fait que les paras, qui parfois partaient très loin de la côte vers des villages isolés, avaient la possibilité de contacts avec la population locale. Ce n'était pas le cas pour les marins. Par contre, mes hommes jouissaient d'un jour de congé tous les quinze jours à Mombassa. Avant de quitter le bord, le médecin leur donnait un briefing sur les maladies vénériennes et le sida. Sans avoir à la demander, chaque homme recevait quelques préservatifs avec son titre de permission.Certaines familles de vos hommes se sont plaintes de conditions de vie à bord...
- Oui mais, là encore, il faut prendre cela avec un gros grain de sel. Un marin ne va jamais avouer à sa femme par téléphone qu'il s'amuse loin d'elle. Donc il se plaint, vrai ou faux, pour rigoler un bon coup quelques minutes plus tard. Je ne nie pas que des pannes du système d'air conditionné ont provoqué quelques inconvénients. Mais rien de plus.Avez vous le sentiment d'avoir fait du bon travail?
- Certainement. Je ne m'exprime pas sur l'opportunité de la présence de nos paras. Ce ne sont pas mes affaires. Mais tant qu'ils étaient là, il fallait leur procurer un soutien logistique que seule la marine pouvait leur fournir. Sans la présence du «Zinnia» je vois mal comment ils se seraient débrouillés. En plus, j'y ai expérimenté une ambiance entre les paras, les marins, la force aérienne et d'autres kakis que je ne tenais pas pour possible. Ces sept mois en Somalie compteront toujours comme la plus belle période de ma vie. Cela n'a pas toujours été de l'eau de rose, mais j'ai le net sentiment d'avoir fait du travail très utile tout en découvrant que les forces armées belges forment une grande famille.
Propos recueillis par EDDY SURMONT
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Et la Mer apportera à chaque homme des raisons d'espérer, comme le sommeil apporte son cortège de rêves Christophe Colomb